Bonnes feuilles : Un instit ne devrait pas avoir à dire ça !

Bonnes feuilles : Un instit ne devrait pas avoir à dire ça !

Véritable coup de gueule, cet ouvrage offre le point de vue aiguisé d’un collègue sur l’état de notre système éducatif. Instituteur chevronné, auteur, polémiste, et également habitué des plateaux TV, Sylvain Grandserre propose un regard combatif et critique sur la profession, sans céder à la sinistrose ambiante...

On n’a pas l’habitude d’une telle liberté de ton à l’Éducation nationale.
Ni de voir un instituteur sur un plateau TV ou dans un talk-show radio y exprimer sa propre opinion... Pourquoi tant de retenue chez les enseignants ?

Nombre d’enseignants craignent les sanctions administratives et les désapprobations parentales. Ils ne veulent pas qu’un propos nuise à leur carrière ou qu’il puisse choquer un parent d’élève. N’oublions pas qu’une part de notre efficacité pédagogique repose sur la confiance qui nous est accordée par les familles, lien qui peut être distendu, voire détruit, en cas de conflit tel qu’une prise de position publique pourrait le provoquer.

Mais, pour moi, la question est de savoir si le plus grand risque aujourd’hui ne serait pas plutôt de se taire. Mon livre en est la réponse. N’oublions pas non plus qu’il est périlleux de s’exprimer parmi près d’un million de personnels de l’Éducation nationale rarement unanimes !

Au fil des pages, vous pointez un ensemble de dysfonctionnements : paperasserie, millefeuille hiérarchique, injonctions hors sol, programmes interminables... Y aurait-il un point commun à toutes ces transformations ?

Oui : la déshumanisation. J’ai le sentiment, chaque jour confirmé, que nous avançons dans une lente mais continue emprise du pouvoir technocratique déconnecté de la classe et des élèves. Ce mécanisme est renforcé par l’invasion technologique, ses documents, ses liens, ses procédures. Impossible à contourner, impossible d’y échapper.

Notre ministère croit moderne de tenter de manager des centaines de milliers de professeurs à coup d’e-mails, de PowerPoint, de pièces jointes, de tableaux Excel. C’est d’autant plus grave que, tout comme dans la santé, nous travaillons directement avec de l’humain ! On ne vend pas des pneus ou des machines à laver ! Cette façon de procéder participe au profond mal-être enseignant avec des situations parfois dramatiques comme on l’a vu récemment avec le suicide de Christine Renon.

Un instit ne devrait pas avoir à dire ça !, de Sylvain Grandserre
ESF Éditeur / La Classe éditions, 12,90€

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