L’année dernière, un rapport du très libéral Institut Montaigne avait fait grand bruit en préconisant d’équiper sans attendre les écoles maternelles de tablettes numériques. Plus récemment, une tribune publiée dans Les Échos vantait sans nuance les mérites de l’e-éducation, porteuse de grands espoirs. Des contributions qui seraient presque convaincantes si elles n’émanaient pas de marchands de matériels et ressources numériques éducatives, dont les intentions ne sont sans doute pas que pédagogiques.

Qu’on se comprenne bien : le débat n’est plus aujourd’hui de savoir si l’on est pour ou contre le numérique. Les nouvelles technologies ont révolutionné notre vie de façon telle que l’école – chargée de former les futurs citoyens – ne saurait s’abstraire de cette réalité. En refusant le progrès, les partisans du sans-écran mènent un combat d’arrière-garde, inévitablement perdu.

L’enjeu est de trouver la juste mesure entre les pro-numériques béats et les anti- bornés. Les uns, qui placent tous leurs espoirs dans les nouvelles technologies pour vaincre l’échec scolaire et réduire les inégalités, sont pour l’heure démentis par les études les plus sérieuses. Les autres devront finir par admettre qu’en investissant le champ éducatif, le numérique ouvre de nouvelles et formidables possibilités à explorer, et que mieux vaut s’y investir de façon positive que contrainte.

Dès lors, au-delà de la question de l’équipement des classes, se pose celle de la meilleure utilisation possible des objets connectés. Un ordinateur ou une tablette par élève ? Oui, mais pour quoi faire ? Et surtout, comment ?

N’oublions pas qu’à l’école, le numérique est à la fois objet et support d’apprentissage.

Dans le premier cas, il s’agit d’entraîner au maniement de l’outil, d’amorcer la compréhension de son fonctionnement (code). De sensibiliser aux pièges et aux dangers d’Internet et des réseaux sociaux.

De montrer qu’ordinateur ou tablette ne sont pas seulement vecteurs de distraction et de plaisir, mais aussi d’information et de culture… Le numérique ainsi envisagé comme discipline fait aujourd’hui l’objet d’innombrables ressources pédagogiques à la disposition de l’enseignant.

Dans le deuxième cas, il s’agit d’introduire les écrans dans les processus d’apprentissage des élèves, pour par exemple favoriser l’autonomie, diversifier les moyens d’acquérir les connaissances, ou instiller davantage de différenciation. Là, en revanche, tout (ou beaucoup) reste à inventer, tester, doser… car cela implique nécessairement de repenser en profondeur les scénarios pédagogiques traditionnels et d’évaluer les effets produits. Pour cela, les enseignants doivent être bien préparés, formés, aidés, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. C’est pourtant la condition essentielle pour éviter que le recours aux outils numériques, sans visée pédagogique parfaitement réfléchie, ne soit finalement qu’un gadget.

EDITO de La Classe (janvier 2017)


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