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Bonnes feuilles : Dictées du monde

Bonnes feuilles : Dictées du monde

Et si les dictées faisaient voyager nos élèves ? C’est en tout cas l’idée forte qui a guidé Sylvie Vieillard, géographe et auteure aux éditions Buissonnières. Dans son fichier, soutenu par la Société des explorateurs français, elle propose 53 dictées et leur préparation pour les élèves de cycle 3.

 

Vous proposez 53 dictées préparées. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les exercices préparatoires ?

L’originalité du fichier réside davantage dans les sujets de ces dictées que dans les exercices proposés. Je pense que les enseignants disposent déjà d’une méthode très élaborée, fruit de leur expérience, sur la manière de préparer aux mieux les dictées pour chacun de leurs élèves. Ce n’est probablement pas sur ce point que je pouvais apporter quelque chose de particulièrement novateur. L’idée était plutôt d’ouvrir l’exercice à d’autres sujets et, si possible même, de faire rêver les élèves avec ces dictées. Notre planète fait rêver les enfants. Ils nous montrent, d’ailleurs, ces derniers mois à quel point ils y tiennent !

Il y a des paysages incroyables que l’on ne connaît pas encore quand on est enfant, malgré la multiplicité des images que leur génération voit chaque jour. Je voulais leur donner l’occasion de s’arrêter sur quelques belles images du monde, que ces images attisent leur curiosité, qu’ils aient envie d’en savoir plus.

L’exercice de la dictée passera peut-être mieux ainsi. Quand j’interviens devant les jeunes, je vois leur intérêt quand on décrypte un paysage et que l’on raconte comment les animaux, les femmes et les hommes y vivent…[1]

En outre, avoir envie de voyager, même en rêve, cela donne aussi envie de lire. De nombreux grands voyageurs le disent : leur passion vient de leur enfance. Ils ont eu envie de lire grâce aux récits de voyage et leurs aventures continuent à créer des liens très fort avec la littérature.

 

Comment avez-vous conçu les dictées et leurs préparations ?

Les exercices de préparation proposés ne sont qu’une suggestion pour les enseignants, chacun pouvant adapter la préparation de la dictée à sa manière habituelle de faire. Pour connaître l’orthographe des mots, j’ai choisi un outil ludique qui est la grille de mots mêlés : on y recherche les mots précisément en regardant bien toutes les lettres. Puis il y a un ou deux exercices sur l’orthographe, la grammaire ou la conjugaison, correspondant aux difficultés majeures de la dictée.

Avec la totalité du fichier, je traite une liste de mots variés correspondant par son ampleur et sa diversité aux listes de mots qu’utilisent habituellement les enseignants. Les dictées ont aussi été étalonnées avec des enseignants et l’utilisation de l’outil ÉOLE[2] (échelle d’acquisition de l’orthographe lexicale). Je n’ai toutefois pas voulu être trop restrictive, pour aussi enrichir le vocabulaire des élèves et que les textes des dictées gardent un sens.

 

 

Le fichier comporte 3 niveaux de difficulté. Sur quelles variables avez-vous joué pour différencier les niveaux ?

Les Éditions Buissonnières cherchent toujours à proposer une progressivité dans leurs fichiers. Je me doute bien que les enseignants vont évaluer eux-mêmes le niveau de difficulté des dictées en les lisant. Afin que l’enseignant puisse donner à l’élève responsable un choix de dictées correspondant au niveau de la classe selon la période de l’année, j’ai regroupé celles ayant un niveau de difficulté relativement semblable (en fonction du nombre de mots, du lexique et du temps auxquels les verbes sont conjugués notamment).

Ce « découpage » en trois « niveaux de difficultés » (matérialisés par trois chapitres de couleurs différentes) trouve surtout sa logique dans une proposition que je fais pour aborder les dictées de manière « participative ».

 

Vous avez effectivement imaginé un fonctionnement original…

Un élève de la classe pourrait être responsable de la dictée de la semaine. Il choisit avant tout une image (l’enseignant peut faire des pochettes avec les deux premières pages de chaque dictée), puis il peut retourner la page pour voir les explications. Sur cette seconde page, l’élève se rend compte de la longueur de la dictée, de la complexité des mots. Il peut localiser le lieu sur la carte du monde. Il a des informations sur la période historique et aussi un petit texte explicatif. Ensuite, l’élève peut présenter la photo choisie à la classe, et aider ses camarades à deviner où se trouve ce lieu dans le monde en répondant à leurs questions.

 

L'ouvrage propose aussi un 4e chapitre avec les dictées de grands voyageurs…

Pour proposer des idées qui motivent les élèves dans l’exercice de la dictée, je souhaitais aller plus loin dans ce lien fort entre lecture-écriture et voyage. J’ai contacté des éditeurs de voyage et des grands voyageurs pour leur proposer de rédiger des dictées pour nos élèves. Ils ont choisi une photographie d’un endroit du monde qui les fait rêver et ont rédigé un texte de dictée avec leur style propre. Je veux remercier ici ces femmes et ses hommes formidables qui ont joué le jeu (je crois qu’ils ont bien aimé écrire dans cet objectif !). Nous avons, bien sûr, tâché que les textes restent accessibles pour le travail de dictée en cycle 3. Les enseignants qui ont testé les dictées en classe m’ont dit comme leurs élèves avaient apprécié ces textes. Ils ont pu réfléchir aux métiers des voyageuses et des voyageurs, ce qui a permis de beaux débats. S’émerveiller devant le Lion de Venise, les femmes d’Ouzbékistan sur la route de la Soie, le désert du Taklamakan, les Terre Australes françaises ou le Piton de la Fournaise à la Réunion, c’est aussi faire de l’histoire et de la géographie (donc avoir une démarche transversale) sans en avoir l’air…

 

Les thèmes des voyages et ces grands voyageurs apportent-ils autre chose que des exemples « bien sympathiques » ?

Je vous invite à lire le merveilleux texte de préface d’Olivier Archambeau, Professeur d’université en géographie, grand voyageur et Président de la société des explorateurs français (Société qui accorde son soutien à cet ouvrage). Tout y est dit avec talent : « L’efficacité redoutable de l’alliance du récit et de l’image permet la fabrication de l’émotion et l’évasion mentale… » C’est aussi un merveilleux plaidoyer sur le noble rôle des enseignants : « Vis-à-vis de nos jeunes, cette génération des économies mondialisées, de l’uniformisation des paysages et des modes de vies, il se pourrait que notre principal devoir d’adulte soit de leur léguer les meilleures armes qui permettent l’autonomie de la réflexion : éduquer le regard pour comprendre l’environnement à différentes échelles, maîtriser l’écriture pour dire et transmettre, garder sa capacité au rêve. Apprendre à rêver tout en apprenant reste peut-être l’une des plus belles missions des enseignants. »

 

Pouvez-vous commenter la dictée que vous aurez choisi de reproduire dans nos pages ?

Les lieux du monde traités en dictée ont avant tout été choisis en fonction de l’imaginaire qu’ils pouvaient véhiculer. C’est le cas pour le Kilimandjaro, qui est aussi — à plus d’un titre – un symbole de l’Afrique. Ici l’Afrique, ailleurs les Outre-mer, le Maghreb, l’Asie, la Russie, l’Europe de l’Est… J’ai également voulu que tous nos élèves dans leur diversité, avec leurs parcours de vie et leurs histoires familiales, puissent trouver des repères utiles, des messages qui fassent sens.

Afin que le vocabulaire des dictées soit varié, j’ai décrit des aspects différents de chacun des sites présentés. Avec le Kilimandjaro, on peut parler de volcanisme et d’environnement (avec les neiges éternelles qui fondent davantage chaque année). Comme c’est une des premières dictées du fichier (niveau 1), il était aussi intéressant d’utiliser un vocabulaire attrayant et réutilisable par les enfants comme savane (un mot simple) et éléphant. Il y a plusieurs mots utilisant un « h » et un ensemble de petits mots et d’adverbes d’usage courant : pas, vraiment, mais, plus, car, moins, comme… Les exercices préparatoires proposent, outre le tableau de mots mêlés, un travail sur les différentes écritures du son [ã] et sur des homonymes grammaticaux présents dans la dictée.

Sur la 4e page, l’enseignant peut découper les textes qui s’adaptent le mieux au niveau de ses élèves. Les deux premiers niveaux (A et B) se concentrent sur 10 mots. Les enfants qui ont un souci particulier (dyslexie, ou problème au niveau exécutif) pourront, avec la dictée A, ne chercher que ces 10 mots parmi les étiquettes et les recopier ou les coller. L’élève avec la dictée B doivent se rappeler des mots et les écrire dans les trous. Ceux de la dictée C écrivent le même texte, mais dans sa totalité. Les dictées D contiennent une ou deux phrases complémentaires, avec quelques mots plus difficiles.

Les enseignants trouvent ces bandes de dictées différenciées très pratiques pour préparer leur classe.

 

Editions Buissonnières, 30 €

 

[1] Voir aussi Sylvie Vieillard, Géographie et écologie par l’exemple. Les Editions Buissonnières, 2017.

[2] Béatrice et Philippe Pothier, Échelle d’acquisition de l’orthographe lexicale pour l’école élémentaire, Retz, 2004.

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