Bonnes feuilles : Apprendre à écrire, de la petite section à la grande section

Bonnes feuilles : Apprendre à écrire, de la petite section à la grande section

Combler « le grand vide méthodologique » entourant la question de l’apprentissage de l’écriture et des activités graphiques : tel est l’objectif de cet ouvrage pratique, qui, en plus d’outils concrets, propose de structurer cet enseignement avec une progression sur les 3 années de maternelle.

Tout au long de l’ouvrage, des encarts proposent des réflexions issues de votre longue expérience et de vos recherches. Vous soulignez entre autres l’importance de prendre le temps d’observer l’élève, en se gardant d’intervenir…

Oui, l’élève doit aller jusqu’au bout car c’est ainsi qu’on peut repérer ses stratégies. L’enfant réalise la tâche, que ce soit avant ou après une observation dirigée. Lors des premières séances, j’observe, puis on en parle. L’autonomie ne sera recherchée qu’ensuite.  

L’écriture est-elle un facteur de réussite scolaire ?

Difficile d’attribuer échec ou réussite à la seule pratique de l’écriture. Il est certain que la relation graphie-phonie ouvre la voie vers la lecture, comme la connaissance des lettres. Cependant une « belle » écriture n’est pas nécessairement signe d’une bonne connaissance du fonctionnement de la langue, donc de facilité scolaire. Cependant, plus l’élève sera à l’aise pour le tracé des lettres, plus il sera disponible pour se concentrer sur des tâches plus complexes : rédiger des textes, réfléchir aux questions grammaticales ou orthographiques, trouver des solutions, etc.  Les recherches actuelles (JL VELAY, neurosciences Marseille) montrent que l’écriture manuscrite aurait une incidence sur les questions orthographiques. 

Au siècle d’internet, sentez-vous tout de même une demande sociétale concernant l’apprentissage de l’écriture ?

Je suis étonnée de cette inquiétude soudaine pour l’apprentissage de l’écriture qui conduit à des enseignements prématurés, à l’obsession pour la tenue de l’outil, et, dans les textes officiels, à une certaine crispation pour les lignages Seyies les plus réduits possible (et ce dès la maternelle), pour l’injonction d’apprendre les « belles capitales bouclées » fin de CP si possible, etc. Quand je compare avec d’autres pays, notamment le Québec, je trouve ces contraintes abusives et dommageables. 

Je ne peux m’empêcher de penser à ce que disait Émilia Ferreiro il y a longtemps déjà : il vaut mieux enseigner aux enfants de taper sur un clavier avec les deux mains[1]. C’est l’écriture du futur, celle du milieu du travail, l’écriture manuscrite restant d’ordre privé. En effet, trouver du travail en mettant en avant une belle écriture, une bonne tenue du crayon, et de belles majuscules ferait rire n’importe qui !  Alors, oui, une écriture lisible est nécessaire, qu’elle soit cursive ou script ! Mais ne décourageons pas les enfants par des exigences d’un autre siècle !
 

Retz, 18,20 €

 

 

 

 

[1] « De nos jours il faut écrire avec les deux mains, avec tous les doigts et sur un clavier. C’est l’écriture publique des temps modernes, la seule écriture du marché du travail. Le crayon ou la plume subsistent dans l’espace privé, pour prendre des notes rapides, écrire des lettres intimes … » (Actes du congrès AGIEM à Auch, 1998, transcription des conférences plénières)

 

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