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• LA CLASSE • N° 311 • 09/2020
A
J’ai vu le menuisier…
J’ai vu le menuisier
Tirer parti du bois.
J’ai vu le menuisier
Comparer plusieurs planches.
J’ai vu le menuisier
Caresser la plus belle.
J’ai vu le menuisier
Approcher le rabot.
J’ai vu le menuisier
Donner la juste forme.
Tu chantais, menuisier,
En assemblant l’armoire.
Je garde ton image
Avec l’odeur du bois.
Moi, j’assemble des mots
Et c’est un peu pareil.
Eugène Guillevic in
Terre à bonheur
© Seghers 1952
La différence
Pour chacun une bouche deux yeux
deux mains deux jambes
Rien ne ressemble plus à un homme
qu’un autre homme
Alors
entre la bouche qui blesse
et la bouche qui console
entre les yeux qui condamnent
et les yeux qui éclairent
entre les mains qui donnent
et les mains qui dépouillent
entre les pas sans trace
et les pas qui nous guident
où est la différence
la mystérieuse différence ?
Jean-Pierre Siméon, « La différence »,
La nuit respire
,
Cheyne éditeur, collection Poèmes pour grandir, 1987,
nouvelle édition 2018
© Cheyne éditeur, tous droits réservés.
La fête d’abord
Il y a des rabat-joie
Je serai relève-joie
Il y a des bonnets de nuit
Je serai bonnet de jour
Il y a des souffre-douleur
Je serai sauve-douleur
Ne me parlez plus d’oiseaux de malheur,
Je veux être pour toujours
Un petit – même tout petit –
Marchand de bonheur
À chaque jour suffit sa joie
N’est-ce pas
Claude Haller in
Poèmes du petit matin
© Le livre de poche
Trois microbes
Trois microbes sur mon lit,
Se consultent, bien assis.
L’un s’appelle Scarlatine
Il parle d’une voix fine.
L’autre s’appelle Rougeole
Et prend souvent la parole.
Et le troisième, Oreillons,
Ressemble à un champignon.
Ils discutent pour savoir
Lequel dormira ce soir
Dans mon beau petit lit blanc.
Mais fuyons tant qu’il est temps !
Ces trois microbes ma foi,
Dormiront très bien sans moi.
Jean-Louis Vanham in
Dans la lune
,
© Éditions Vanham




