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• LA CLASSE • N° 311 • 09/2020

AU CŒUR DU MÉTIER

LA LOI & VOUS

pouvant aller jusqu’au licenciement

pour abandon de poste. Si la reconnais-

sance d’abus est avérée par le tribunal

administratif, celui-ci peut rejeter les

demandes de restitution de salaire éma-

nant de l’enseignant ayant exercé son

droit de retrait. Mais dans tous les cas,

jusqu’à la mise en demeure par écrit de

l’autorité administrative de reprendre le

travail, l’enseignant conserve l’intégralité

de son salaire.

DROIT DE RETRAIT ET DROIT

DE GRÈVE : DEUX DROITS

DIFFÉRENTS

Contrairement au droit de grève, le droit

de retrait ne constitue pas un moyen de

pression du salarié sur son employeur. Il

ne s’agit en aucun cas d’un droit collectif

mais d’undroit individuel. En effet, chacun

peut faire part d’un danger qui pèse sur

lui-même. Pour autant, plusieurs per-

sonnes peuvent en même temps vouloir

exercer leur droit de retrait si elles sont

confrontées à la même situation.

Il arrive assez fréquemment que la hié-

rarchie considère l’exercice du droit de

retrait comme excessif, voire abusif au

regard de la réglementation en vigueur

dans cedomaine. L’autorité administrative

peut alors avoir tendance à considérer les

enseignants comme grévistes et, à ce titre,

procéder à des retenues de salaire dans

la mesure où elle ne reconnaît pas l’exis-

tence d’un danger grave et imminent qui

justifierait l’exercice du droit de retrait. 

Le 2 mars dernier, les enseignants de l’école élémentaire

Louisette-Wattier, située sur la commune du Plessis-Belleville

dans l’Oise, ont exercé leur droit de retrait en raison

des risques liés à la pandémie de Covid-19. Si, à ce

moment-là, une action de ce type pouvait se justifier, la

situation a évolué au fil du temps. Lors de la réouverture

des écoles le 11 mai dernier, beaucoup d’enseignants

comme Isabelle, très inquiets de la situation sanitaire,

ont évoqué la possibilité à leur tour d’utiliser ce droit.

« Refaire classe en présentiel était extrêmement stressant

pour moi. Penser que je pouvais contaminer ou être

contaminée moi-même m’angoissait beaucoup. Quand

j’ai parlé de l’éventualité d’exercer mon droit de retrait

avec un collègue syndiqué, il m’a dit que je n’obtiendrais

jamais gain de cause puisque des mesures de protec-

tion avaient été mises en place au sein de l’école, nous

ne pouvions donc plus être considérés comme étant

“en danger”. Une de mes collègues qui avait de gros

problèmes de santé a pu en revanche en bénéficier car

le fait de reprendre une classe pouvait mettre sa santé

en danger. De mon côté, je suis retournée à l’école, la

peur au ventre ! »

Droit de retrait et coronavirus

© Ion Chiosea -123RF