116
• LA CLASSE • N° 311 • 09/2020
AU CŒUR DU MÉTIER
SUR LE TERRAIN
Des contraintes
Limiter le nombre d’enfants par classe à
15 élèves, porter un masque pour faire
classe, faire respecter les mesures de dis-
tanciation physique, mettre en place une
progression des savoirs permettant une
continuitépédagogique en tenant compte
des différences de niveaux des élèves,
continuer parfois les classes virtuelles,
tout cela a eu un impact important sur le
quotidiendes enseignants qui ont souvent
dû faire preuve d’imagination :
« J’ai fait
classe à des CM1 et des CM2 qui n’étaient
pas tous mes élèves. Il a fallu trouver une
méthode de travail qui convenait à tous en
un temps record, mais au final, ça s’est plutôt
bien passé. »
Pour Pierre aussi, l’adaptation et l’imagi-
nation ont été nécessaires :
« En récréation,
les élèves ont inventé des jeux à distance et
une collègue leur a proposé plusieurs fois de
faire des chorégraphies. En classe, on a dû
apprendre à travailler sans manuel et à ne
rien laisser dans les casiers. Dans les premiers
jours de la reprise, on a beaucoup parlé de
cette nouvelle organisation. C’était important
de prendre un temps pour expliquer aux élèves
la nécessité de respecter les règles sanitaires.
Ils ont très vite intégré ce nouveau mode de
fonctionnement, ce qui nous a permis de nous
remettre rapidement au travail. »
UNE FRÉQUENTATION FAIBLE
DANS LES REP
Pour Pierre, le fait de se retrouver en
classe réduite a eu un réel impact positif
sur la qualité des apprentissages.
« Avoir
15 élèves en classe, c’est un vrai confort pour
tous. On peut vraiment prendre le temps
d’expliquer les choses, de répondre aux ques-
tions et de s’écouter, c’est un vrai plus ! »
Des conditions que pourtant beaucoup
d’enfants n’ont pas eu la chance de
connaître au vu du faible pourcentage
de fréquentation des écoles constaté
dans les quartiers populaires. Le 17 mai,
àMarseille, sur les 30000 élèves fréquen-
tant une école située en zone prioritaire,
seuls 909 avaient effectivement retrouvé
le chemin de l’école. Une situation loin
d’être exceptionnelle si l’on se réfère à
une étude menée peu de temps après
le 11 mai par le SNUIpp-FSU. Celle-ci
montre que seuls 16 % des écoliers issus
de ces quartiers étaient retournés en
classe contre unemoyenne de 25 %pour
les autres écoles.
Pour Lucie, enseignante en Rep en région
parisienne, cela est révélateur de ce que
vivent les familles :
« Les parents sont très
angoissés par cette crise sanitaire, beaucoup
ont été touchés de près ou de loin par le Covid-
19, ils ont peur que leurs enfants tombent
malades et puis beaucoup sont aussi au chô-
mage, donc ils peuvent garder leurs enfants
à la maison. »
Le dispositif « vacances
apprenantes » proposé par Jean-Marie
Blanquer parviendra-t-il à susciter plus
d’engouement chez les familles ? C’est la
question que se posent beaucoup d’en-
seignants très inquiets du décrochage de
ces élèves en grosses difficultés scolaires.
◗
« Pour
beaucoup
d’entre nous,
cette période
a été très
stressante et
anxiogène. »
La distanciation physique : une
contrainte pas toujours facile à respecter.
© AEF/DR




