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Une autre idée de la pétanque : l'interview complète !

Une autre idée de la pétanque : l'interview complète !

Nous vous présentons dans le numéro d'avril de La Classe un ouvrage singulier et passionnant : "Une autre idée de la pétanque", publié aux éditions EP&S. Retrouvez ici l'interview intégrale avec ses auteurs !

 

Comment est née l'idée de cet ouvrage ?

On pourrait dire qu’il s’agit de la rencontre entre deux mondes : d’un côté deux pédagogues sportifs, de l’autre, un sportif pédagogue !

Tous trois passionnés par la pédagogie, ayant enseigné de la maternelle à l’université et joueurs de boules assidus, nous avons voulu partagé le fruit de nos expériences professionnelles et de leurs partis pris pédagogiques et éducatifs. L’abandon du « technicisme", les limites de la biomécanique, les dérives sportives de l’apprentissage moteur ont fondé l’entrée dans le sujet. C’est ensuite la pédagogie du sens qui a éclairé notre volonté de mettre le joueur de pétanque au centre des préoccupations des enseignants, éducateurs et des entraineurs. Le Directeur technique national préoccupé par l’amélioration de la performance a vu dans ce partenariat l’occasion d’infléchir les méthodes proposées aux formateurs nationaux de la fédération. Au même moment, l’école et le monde fédéral ont décidé de s’’appuyer sur une logique du gagnant - gagnant. Au sein de l’école, la pétanque (activité  patrimoniale, de loisir mais aussi sportive pratiquée  par plus de 30 millions de personnes sur le territoire) devait devenir plus légitime, telle une véritable APS, pour être reconnue dans l’enseignement de  l’Education Physique et Sportive. Toutes les « modélisations » proposées dans l’ouvrage ont pour vocation de renforcer cette légitimité scolaire. D’autre part, la recherche d’une meilleure diffusion et attractivité pour les jeunes imposait à la fédération de proposer des analyses sportives de l’activité plus pédagogiques, citoyennes donc plus éducatives. Le sport et l’EPS ont du faire "bon ménage » pour que cette rencontre soit porteuse de développement. 

Au delà de ces considérations théoriques, c’est aussi et surtout la concrétisation d’un travail précédent sur la boule lyonnaise  qui a initié nos trois amitiés. Ces francs échanges nous ont permis de résister à tous les sourires narquois qui reposaient sur des clichés et des représentations archaïques sur la pétanque. 

  Nous n’oublions pas non plus l’apport essentiel de l’exigence et de la clarté des propositions de l’éditeur Revue EPS.

Quel est l'état actuel de la pratique de la pétanque à l'école ?

La signature d’une convention nationale pentapartite le 20/10/2015 par l’Education Nationale, l’UNSS, l’USEP, le ministère de la jeunesse et sport et de la cohésion sociale et la FFPJP a définitivement permis l’entrée dans  l’institution scolaire  par le sport scolaire mais aussi par l’utilisation de la pétanque comme APS légitime des programmes de l’EPS.

Même si l’activité n’est pas majoritairement pratiquée à l’école, on voit de plus en plus souvent utiliser la pétanque sur un module d’apprentissage par cycle.

Les démarches pédagogiques proposées déjà bien connues par les enseignants doivent leur permettre d’utiliser simplement, avec leur classe, des situations globales, des situations problèmes, des exercices, facilement accessibles à tous les niveaux. L’USEP est en marche avec la pétanque et la réussite des deuxièmes championnats de France UNSS montrent aujourd’hui un développement exponentiel de la pratique scolaire. 

A partir de quel âge la pétanque peut-elle être enseignée ?

Nous pouvons répondre en élargissant le sujet à la nécessité de gérer l’hétérogénéité des élèves. Qu’ils soient garçons, filles, petits, grands, sportifs ou non, valides ou en situation de handicap, de 4 ans ou de 14 ans, la pétanque construit certes le schème fondateur de l’action de « lancer » mais aussi et surtout la compétence à coopérer et à s’affronter. Nous avons souhaité traiter la pétanque plus comme une activité de jeu collectif que comme un jeu d’adresse.  

Le matériel et l’espace aménagé (des boules molles pour l’intérieur et les plus petits, en faisant varier les cibles) permettent de proposer des contenus hiérarchisés allant du « facile au difficile » mais surtout du « simple au complexe » (quantité d’informations croissante à prendre avant l’action). 

La pétanque se révèle une activité très riche, convoquant stratégie, affrontement, gestes moteurs, rôles sociaux... Comment avez-vous procédé pour formaliser une « autre idée de la pétanque »? 

C’est d’abord par la référence aux sciences de l’éducation que nous avons développé et choisi le parti pris de "l’auto - socio construction des savoirs »,  sans rejeter ni l’apprentissage par essai erreur d’une part, ni le « cognitivisme »  pur et dur d’autre part. 

Mais c’est aussi par l’observation des joueurs de haut niveau et des débutants que nous avons élucidé l’importance des intentions précédant l’action. L’analyse de la performance et de la réussite pour le gain du jeu montre que les pratiquants (experts ou non) mettent en oeuvre des algorithmes de choix et de décisions très complexes qui tiennent compte de multiples facteurs conditionnels de la pratique du jeu de pétanque. 

L’ESSENCE de l’activité comprise comme un affrontement contraire pour conquérir et défendre des « positions" de boules s’exprime par l’EXISTENCE concrète de formes motrices, de formes sociales et de stratégies identifiables.

Vous faites le choix de situations-problèmes plutôt que de démonstrations. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

L’entrée délibérée par le concept de compétences pouvait satisfaire autant la démarche sportive que la démarche scolaire. La proposition d’une évaluation se préoccupant autant du résultat que de la manière d’y parvenir est sûrement le consensus qui a relié les propositions scolaires et les propositions fédérales. 

Faut il des conditions particulières (type de terrain, équipement...) pour l'enseigner à l'école ?

La mise en place de conditions de sécurité (communes à toute activité physique de lancer) impose des espaces assez vastes pour une classe. Il est intéressant de pouvoir installer 6 à 8 pistes de 3 m par 8m pour l’école primaire. La nature du terrain importe peu pourvu qu’il ne soit pas trop incertain. Un kit de 36 boules, de quelques balises, de quelques moyens de traçage au sol, d’écritoires permettent de mener une pédagogie active (autonomie, sécurité, activité simultanée) pour l’ensemble d’une classe.  

 

 

Une autre idée de la pétanque. De Emmanuelle Goffoz-Durand, Jean-Paul Goffoz, Jean-Yves Peronne.

Editions EP&S, 21 €

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