Portrait d'instit' : de la com' à l'école

Fraichement reconvertie dans l’enseignement, Sarah a plongé dans son nouveau métier au cœur du 18ème arrondissement de Paris, après une 1ère expérience professionnelle dans la communication. Un challenge présentant à la fois des risques et des opportunités. Notre collègue fait le point avec nous !

Commence se passe cette année de T1 à Paris ?
Je suis brigade dans le 18ème, un arrondissement diversifié. J’appréhendais à la fois la REP et la maternelle, et ce fut finalement une révélation ! Mais j’ai encore beaucoup à apprendre... Je me remets beaucoup en question mais ma passion pour ce métier ne fait que croître. Je trouve tellement formidable de travailler avec les enfants-élèves ! J’apprends énormément sur moi aussi ! Bref, je n’ai aucun regret pour cette reconversion bien que l’année de PES[1] fut emplie de doutes. A contrario, cette année de T1 me conforte dans le choix de ce métier !

Quels sont les éléments qui vous ont instillé le doute lors de cette année charnière ?
Disons le décalage entre ce que j’imaginais du métier et la réalité. Je n’avais pas mis les pieds dans une école depuis 25 ans ! Les enfants et l’école changent, heureusement. Je me sentais débordée par les relations entre élèves, les petits conflits à gérer, la pression du master MEEF de l’Espe, des conseils parfois contradictoires, et le quotidien du métier qu’on apprend sur le terrain. Et j’avais l’impression qu’on attendait de moi que je sois opérationnelle tout de suite... Je me mettais la pression, et encore aujourd’hui j’apprends ! Étrangement c’est ce que j’appréhendais qui m’a confortée dans mon choix cette : la découverte de la REP!

Est-ce que vous pourriez me raconter un peu votre entrée en REP ?
Je n’avais pas eu de poste au 1er mouvement. J'ai donc appris fin aout que j'étais affectée en tant que brigade-école en REP, à côté de la Goutte d'Or. J'appréhendais… Au final, lors de la pré-rentrée, j'ai découvert mon école de rattachement. Les 1ers jours, je n’avais pas de remplacement. J’ai donc eu la chance de voir fonctionner les classes de mon école de rattachement en REP. Les pratiques -notamment en pédagogie coopérative- m'ont bluffée. Toutes les classes pratiquaient le "conseil d'élèves", et donc les élèves étaient habitués. Ce souvenir des conseils m'a marquée. Les élèves débattaient pacifiquement et s'écoutaient. Ils élaboraient les "métiers" utiles pour la classe. Le travail en équipe des PE, la mise en place de mutualisation des pratiques, une "Loi de la classe" dans toute l'école : j'ai trouvé cela formidable.
 

Il y a aussi eu des moments plus durs j’imagine ?
Oui. En tant que brigade, il y a des moments difficiles. Une fois, en CM1, tous les élèves avaient changé de place, profitant de l'absence de leur maitre. C’est à l'arrivée de l'AVS que j'ai compris qu'ils n'étaient pas à leur place. Les élèves "testent", et les journées sont parfois épuisantes. Un autre souvenir en maternelle : j'avais un élève non-voyant qui découvrait l'école (sans AVS, ni aide extérieure) dans un site plein d'escaliers. Mais son sourire quand il découvrait les activités en manipulant et la bienveillance de ses camarades à son égard ont été magiques. Enfin, le souvenir le plus fort sera la continuité pédagogique car le 2 mars 2020, j'ai été affectée sur un remplacement long jusqu'à la fin de l'année. J'ai donc eu une classe de CE2 à distance !

Vous me parliez en début d’interview du décalage entre ce que vous imaginiez du métier (ou de l'école), et de sa réalité actuelle. Pourriez-vous m'en dire un peu plus ?
Je dirais la place de l’élève qui a évolué. J’avais souvenir de l’école avec l’enseignement frontal. L’élève était surtout un « réceptacle » : c’est l’école que j’avais connue. J’ai découvert qu’il existait d’autres pédagogies. Un autre point, ce sont les programmes d’aujourd’hui qui stipulent la « bienveillance », la place de l’oral, les émotions de l’enfant, la construction du futur citoyen... J’ai réalisé que les PE étaient acteurs pour diffuser les valeurs de la République (certes à une petite échelle et j’ai mon enthousiasme de débutante). Le décalage le plus fort a été la charge de travail de préparation que je n’imaginais pas aussi importante ! Et aussi l’attitude de certains parents peu- voire pas du tout reconnaissants- parfois figés sur des modèles d’école qu’ils ont connus...mais bon je n’attends pas leur reconnaissance !

 

 

 

 

[1] PES : Professeur des Ecoles Stagiaire

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