Portait d'instit' : enseigner en haute-montagne

Jeune enseignante, Amandine exerce dans un milieu naturel un peu particulier : celui de la haute montagne et des stations de ski ! Elle nous raconte son expérience de remplaçante sur les routes et les lacets de la Savoie.

Comment êtes-vous devenue enseignante ?

Et bien depuis toute petite je souhaite devenir "maîtresse". Je n'ai jamais hésité avec un autre métier. J'ai donc toujours suivi les études et le parcours scolaire menant tout droit à ce métier. J'ai donc effectué un bac ES, puis une licence de langue et littérature italienne. Etant donné que pour être PE, il faut un bac +5, j'ai effectué une licence dans un domaine qui me plaisait et dans lequel j'avais des facilités. Après ce bac+3, j'ai effectué mon Master pour obtenir bac+5. C'est naturellement que je me suis dirigée vers le Master MEEF[1] car c'est le Master qui prépare le mieux au métier d'enseignant et au CRPE. A la fin de la 1ère année de Master, j'ai passé le concours une première fois. Je l’ai raté car je n’avais pas assez révisé. La loi du concours est rude : on ne prend que les meilleurs. Z la fin de la 2ème année de Master, j'ai repassé le concours et je l’ai obtenu. Je m'étais mieux préparée aux attentes du jury. J'avais donc mon bac+5 et mon concours en poche. J'ai ensuite été PES (prof des écoles stagiaire) en petite section, puis j'ai été titularisée à la fin de l'année.

Dès votre début de carrière, vous avez été affectée dans une zone de haute montagne….

Pour ma 1ère année, j’ai été remplaçante dans les montagnes et stations savoyardes, à1h30 de mon domicile. Ce fut une rude année, avec beaucoup de kilomètres. Mais c'est "formateur" comme diraient les anciens. Et c'est aussi la règle du jeu : début de carrière signifie peu de points d'ancienneté, donc l’obtention de postes dont "personne ne veut". Cette année en montagne m'a permis de me rendre compte qu'être remplaçante me plaisait beaucoup : découvrir de multiples écoles, de multiples fonctionnements, être en contact avec des populations d'élèves qui varient d'une école à l'autre, enseigner de la petite section au cm2, s'adapter, improviser, pas de routine. Après cette année montagnarde, j'ai réussi à obtenir un poste de remplaçante à titre définitif (par choix, poste que j'avais demandé) près de chez moi. Comme chaque année, on débute sans savoir où on va être affecté… Les 1ers jours sont donc des moments où je prêt main forte aux collègues.

Gardez-vous des souvenirs ou des images précises de cette "période montagnarde" ?

La particularité en montagne, ce sont les effectifs de classe qui augmentent considérablement en hiver, du fait des enfants de saisonniers qui arrivent, et qui repartent au printemps. Ces enfants arrivent donc « comme des cheveux sur la soupe ». Ils doivent s'adapter autant que l'enseignant. Sinon, les souvenirs de cette période sont les difficultés à rouler sur la neige pour atteindre des petites écoles pas toujours dans le GPS. Quand on connaît l'école où l'on doit aller remplacer à 8h30 le matin, le temps de rouler, de trouver l'école, je n'arrivais parfois pas avant 9h30 devant les élèves. Autre particularité, les élèves skiaient depuis leur plus jeune âge. Pour beaucoup, les skis sont leurs 2èmes chaussures. Ils en sont presque lassés. Les sorties skis ne leur faisaient presque plus d'effet, alors que moi, la maîtresse, je tenais à peine dessus. L'élève dépasse le maître… ! Autre anecdote, ce sont les récréations en combinaisons de neige toute la période hivernale (je ne vous révèle pas le temps d'habillage et de déshabillage pour les maternelles…).

Comment était pensé l'accueil des enfants de saisonnier dans les classes ?

Certains enfants de saisonniers reviennent chaque hiver dans la même école savoyarde, et connaissent donc déjà les lieux et certains copains. D’autres semblaient un peu déboussolés, en retrait. Mais au bout de quelques semaines, voire quelques jours, ils étaient comme des poissons dans l'eau. Comme on le sait, les enfants s'adaptent très bien et très vite, mieux que les adultes. Du côté de la maîtresse, accueillir les élèves saisonniers signifie changer la configuration de la classe, préparer le matériel pour eux, se renseigner sur le travail effectué par les enfants dans leur école d'origine, évaluer le niveau avec lequel ils arrivent afin de répondre à leurs besoins, même s'il y a plein de choses que les élèves nouvellement arrivés doivent bon gré mal gré prendre "en cours de route". Du côté du ressenti des enfants, les quelques-uns que j'ai interrogé trouvaient qu'avoir deux écoles est plutôt une chance. Je me souviens de 2 sœurs en cycle 3 qui étaient en Savoie l'hiver, et le reste de l'année au Venezuela. Autant dire que l'on peut nommer cela de l'adaptation !

Pour faire des remplacements en haute montagne, il faut un bon GPS alors ?

Tout à fait, plusieurs fois j'ai cherché l'école au centre du village, alors qu'elle se trouvait à la station, ou inversement !

 

[1] Métiers de l’éducation, de l’enseignement et de la formation

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