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Bonnes feuilles : Ma vie d’instit’

Bonnes feuilles : Ma vie d’instit’

Depuis 2015, Emy Bill (c’est son nom d’artiste) publie des perles d’élèves sur son blog « Pour mieux te croquer ». Tour à tour tendre ou énervé, mais toujours attentionné, son crayon raconte avec humour son métier de maîtresse. Un recueil de ses meilleurs dessins vient de paraître : l’occasion de partir à la rencontre de son auteure…

Vous avez ouvert un blog de dessins sur votre vie d'instit' en 2015. Dès le début, votre patte graphique est reconnaissable. On imagine que vous aviez déjà qqs expériences dans le domaine ?

J'ai toujours aimé dessiner et peindre. Ma maman était professeur d'arts plastiques. Je suis fille unique, c'était un moyen comme un autre de m'occuper quand j'étais enfant. J'ai fait un BAC littéraire/arts plastiques. Sinon, ça n'a jamais été autre chose qu'un loisir. Quand j'ai commencé à publier mes planches sur mon blog, et que je me suis rendue compte que ça plaisait aux gens, je me suis mise à dessiner de plus en plus. On ne le sait que trop dans notre métier : c'est en s'entraînant qu'on apprend et qu'on progresse. C'est ce qui s'est passé pour moi ! Plus je dessine et plus ma technique s'améliore. On peut le constater en regardant les premiers dessins publiés sur mon blog en 2015 : le trait est moins sûr, les effets de couleurs moins soignés... J'aurais pu enlever ces premières planches afin d'avoir une vraie unité, mais je préfère être honnête et montrer qu'à force de travailler, on progresse. Et je suis persuadée que j'ai encore beaucoup à apprendre !

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vous ? Quel est votre parcours professionnel ?

Après mon BAC, j'ai fait une licence de lettres modernes. A l'époque, il ne fallait pas de Master... J'ai fait deux ans de suppléances dans trois écoles de mon département, en MS-GS et en CE1-CE2. Puis j'ai passé le CRPE, ce qui m'a permis d'intégrer la formation de professeur des écoles. Ensuite j'ai été nommée dans une toute petite école de deux classes, où j'étais titulaire de la classe de C.E/C.M. Avec ma collègue, on décloisonnait en découverte du monde et lecture pour les CP/CE1, donc j'avais parfois 5 niveaux dans ma classe. Pour se lancer dans le métier, je peux dire que c'est loin d'être facile tous les jours, mais c'est formateur ! J'y suis restée cinq ans. J'avais de la route et un travail personnel considérable à fournir mais je me suis vraiment plu dans cette petite structure. L'ambiance y était familiale et je connaissais mes élèves par cœur puisque je les avais pendant cinq ans. Les 1ères perles que j'ai compilées viennent de cette école. Depuis six ans, j'enseigne à Angers dans une petite école encore, mais de 4 classes cette fois. J'ai eu des CE2-CM1-CM2, des CM uniquement, puis des CE1-CE2. Et cette année j'ai des CM1 en plus. Il faut savoir s'adapter aux effectifs irréguliers ! Au moins, ça m'oblige à changer ma pratique et mes habitudes selon les années.

Quels sont vos "dadas" pédagogiques ?

Je suis admirative des enseignants qui pratiquent le flexible seating. J'aimerais me lancer aussi, mais la crainte de ne pas y arriver, de tout chambouler et de ne pas m'y retrouver me freine un peu. J'apporte aussi des petites touches de Montessori.

Vous mettez en scène beaucoup de perles d'élèves. Que disent ces perles sur vos élèves ?

Comme beaucoup je pense, mes élèves sont parfois attachants, et parfois irritants. Ils peuvent avoir des petits mots doux, flatteurs, remplis d'amour pour leur maîtresse mais en même temps ne pas écouter les consignes que je donne et me poser LA question à laquelle je viens de répondre ! D'autre part, ils ont ce côté insouciant typique de l'enfance : ils sont natures, sans filtres, et nous renvoient souvent à notre propre jeunesse. D'ailleurs ça nous permet de rester nous aussi de grands enfants, qualité indispensable (je pense) pour enseigner !

Est-ce que vous prenez des notes sur ce qui se passe en classe ?

Oui souvent...Mais pas assez ! Parfois le soir, j'essaie de me souvenir d’une scène qui s'est passée en classe et qui serait parfaite en BD mais j'oublie vite. Il faudrait pouvoir noter les anecdotes au moment où elles se passent, mais on a autre chose à faire avec nos élèves !

Vous parlez aussi du côté moins connu par le grand public de la "vie des profs" où l'on sent que ce n'est pas un métier comme les autres. Serait-ce "le plus beau métier du monde" ?...

Pour moi oui ! En tous cas, je ne regrette pas du tout d'avoir choisi cette voie. C'est un métier où on n'est pas confronté à la monotonie puisque nos élèves et nos méthodes, forcément, changent chaque année. Le matin, on ne peut pas prédire ce qui va se passer dans la journée. Et on a une sacrée responsabilité : celle de faire progresser nos élèves, de leur apprendre des choses, de les aider à grandir. Pour moi c'est une grande fierté !

Est-ce que vous utilisez aussi votre talent pour vos projets de classe ? 

Oui j'essaie ! Cette année, avec mes collègues nous avons choisi comme thème d'année les émotions. Alors en arts visuels j'ai appris à mes élèves comment traduire les différentes émotions dans la BD, en reproduisant de manière simple les mimiques du visage. Certains se débrouillent très bien !

Vos élèves savent-ils que vous avez un blog ? Qu'en pensent-ils ?

Oui bien sûr, la nouvelle de la sortie de ma BD a fait le tour de l'école ! J'ai régulièrement des livres à dédicacer sur mon bureau dans ma classe. Mes élèves sont fiers et à l'affût du moindre nouveau dessin publié, ils essaient de reconnaître des situations vécues en classe. Parfois, ça les fait bien rire...

Ma vie d'instit, d'Emy Bill
Editions Ideo, 13,90 €

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