Bonnes feuilles : Le harcèlement à l'école

Bonnes feuilles : Le harcèlement à l'école

« Les harceleurs sont des jeunes en souffrance ou qui manquent d'empathie », « Le harcèlement à l'école est lié à l'origine sociale ou ethnique ». Voilà quelques-unes des 12 idées reçues décryptées par Benoît Galand¹ dans ce nouvel opus de la collection « Mythes et réalités », à l'aune des dernières connaissances scientifiques.

Tout d'abord, peut-on définir simplement ce qu'est le harcèlement ?

C'est une forme de violence qui se caractérise par deux choses : la répétition et le déséquilibre de pouvoir (ou la non-réciprocité). Ce sont de mauvais traitements qui s'installent dans le temps avec, souvent, la même personne qui est la cible et la même personne qui est l'auteur.

Peut-on parler de harcèlement dès la maternelle ?

Malheureusement, ça semble même assez répandu. Il y a quand même pas mal d'élèves qui sont touchés, mais, en maternelle, c'est plus dispersé dans le groupe social. Et on voit que, avec l'âge, ça tend à se raréfier d'une part, mais aussi à se focaliser sur certaines personnes d'autre part.

Fait-on face à une augmentation des situations de harcèlement, ou plutôt à une meilleure prise de conscience de ce phénomène ?

On a une libération de la parole du côté des victimes et des parents. On en parle donc beaucoup plus. Mais les chiffres des enquêtes internationales montrent qu'il n'y a pas nécessairement d'augmentation. On est tout de même dans une fourchette de 10 à 30 % des élèves qui sont touchés chaque année, ce qui paraît énorme.

Quel est l'enseignement qui vous a le plus surpris lors de vos recherches ?

J'ai eu un certain étonnement sur la question des auteurs de harcèlement. Dans la littérature francophone, les hypothèses portent surtout sur les auteurs qui seraient des jeunes en souffrance. Or, la recherche ne confirme pas du tout cela. Ce sont le plus souvent des personnes qui, globalement, ont un fonctionnement social qui est tout à fait normal et qui tirent des bénéfices de ce qu'ils font. Ils ne sont pas en dépression. Ils n'ont pas une faible estime d'eux-mêmes, ni de gros déficit de compétences sociales ou émotionnelles. On n'est même pas sûr qu'ils en veuillent toujours à leur victime ! Pour eux, c'est une façon d'avoir un statut, une reconnaissance dans le groupe, puis d'avoir une emprise sur ce groupe. Et donc, là, il y a vraiment un décalage. Alors qu'on avait plutôt la vision de jeunes en difficulté et qu'il faut aider, on voit surtout des jeunes qui ont besoin d'être cadrés et auprès de qui il faut intervenir pour redire la norme.

¹ Benoît Galand est docteur en psychologie et professeur en sciences de l'éducation.

Le harcèlement à l'école, de Benoît Galand
Retz, 9,00€

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