Bonnes feuilles : Entrées pour l'école maternelle, situations et vécus de PE

Bonnes feuilles : Entrées pour l'école maternelle, situations et vécus de PE

Un ouvrage écrit par un formateur d'ESPE et 3 de ses anciens étudiants : voici une proposition à côté de laquelle nous ne pouvions passer ! Cantine, ateliers, rang, coins, ateliers... : les « mots pour dire le métier » sont au cœur de ces 3 récits professionnels forcément vivants, mais également formateurs.

Comment est née l'idée de cet ouvrage ?

Les questions « comment les enfants apprennent ? » et « comment j’apprends à mes élèves à apprendre ? » forment le cœur du générateur de ma pensée professionnelle. Mes travaux universitaires de linguistique m’ont permis de comprendre les processus d’acquisition du langage en classe et de les corréler avec l’apprentissage de la langue de l’école. Dès l’origine avec Hachette nous avons publié les tenants scientifiques de mes recherches pour proposer des choix pédagogiques spécifiques. L’évolution de l'école maternelle nécessite d’aller plus loin car ses missions sont plus nombreuses plus, exigeantes pour les enseignants et plus déterminantes pour les élèves. Nous constations l’impossibilité d’exprimer la spécificité du métier de maîtresse d’école maternelle à tel point que la description, la compréhension et l’analyse des gestes, paroles et postures de ces enseignantes n’étaient même pas identifiées dans la formation initiale des maîtres. C’est en répondant aux hésitations d’étudiants stagiaires en maternelle que, rassemblant mes nouveaux éléments de recherche, nous avons eu l’idée, avec mon éditeur, de ce mode de construction des connaissances professionnelles centré sur le partage d’expériences.

Transmettre des expériences, plutôt que des recettes, cela vous semble le plus efficace en terme de formation ?

Lorsque « le discours sur… » est remplacé par un « discours à propos de...», le formateur gagne en crédibilité parce qu’il sort de la prescription absolue et unilatérale pour des propositions complémentaires dont il laisse au praticien le soin de leur accorder un pouvoir suggestif ou non. Dans la transmission des expériences, agrémentées de commentaires référencés, c’est la recomposition du processus de construction d’une situation qui est visé, par le formateur. Je n’oppose pas la transmission de recettes avec l’exposé des expériences, car pour que le travail réel existe il faut qu’il y ait du travail prescrit ; autrement dit, pour qu’il y ait une production intelligente et intelligible, il est nécessaire qu’elle soit précédée par une « recette ».C’est pour démultiplier les bénéfices de ce processus formateur au profit de ceux des enseignants qui « font la classe » que nous le mettons en page dans cet ouvrage.

Pouvez-vous nous présenter les profils de vos 3 co-auteurs ?

J’ai choisi mes 3 co-auteurs parmi mes anciens étudiants, dont j’avais accompagné et évalué les mémoires de master des métiers de l’éducation et de la formation, qui exerçaient leur première année d’enseignement, en maternelle. J’ai pris soin de retenir 3 profils de réactions à la critique de son travail. Ils vont de l’apparente assurance de « toujours faire bien » à « l’hésitation permanente » en passant par  « la recherche de l’efficience ». Les 3 avaient eu des expériences professionnelles antérieures afin de comprendre les situations de travail en dehors des situations pédagogiques.

Comment avez-vous travaillé ensemble ?

J’ai porté ce projet. J’ai proposé à Pierre Thomas et Emmanuelle d’y participer parce qu’en tant que formateur, j’avais pu apprécier leurs travaux et leurs personnalités. J’ai d’abord posé au cœur du débat la question de l’adaptation de l’école maternelle aux transformations sociétales, afin qu’ils apprennent à se positionner comme fonctionnaires, c'est-à-dire serviteurs d’une politique éducative dont ils ne portent pas l’initiative. J’ai en effet constaté combien le positionnement individualiste gagne du terrain chez les maîtresses des écoles maternelles en grande partie du fait d’une formation initiale qui ne pose plus la question institutionnelle comme le faisaient les écoles normales d’institutrices. Pourtant si le maître ou la maîtresse fait classe à sa façon, c’est bien pour des objectifs dont il ne décide de rien. La figure du travailleur indépendant, prestataire au service des familles comme nous le lisons et l’entendons dans des discours récents, a remplacé celle de l’instituteur acteur essentiel de la République. Une fois la dimension collective et sociale du travail scolaire rétablie, nous avons pu tous nous placer face à LEURS actes de travail, tels qu’ils sont, tels qu’ils les font, au centre de nos préoccupations.

A partir de ce point là, je leur ai demandé de décrire puis d’analyser de près ce qu’ils font en classe, en utilisant les outils de l’ergologie, les analyses croisées et la méthode dite du sosie d’Ivar Oddone. Cela nous a évité de nous perdre dans les méandres des intentions pédagogiques ou de leurs effets sur les élèves. En effet, le plus souvent les débats sur les actes travail des enseignants portent sur des notions abstraites de contrats didactiques, là où chaque acteur est aux prises d’actes de production socialisée dont une des conséquences est de déboucher sur un apprentissage. Pour comprendre ce qui est appris et comment c’est appris, il est indispensable de regarder ce qui est produit et comment c’est produit. A ce titre la maternelle est exemplaire car les maîtresses font toujours produire un objet concret ou virtuel à leurs élèves pour porter leurs apprentissages.

Ensuite, mes coauteurs ont mis à l’épreuve les résultats de nos analyses en effectuant des apprentissages différents avec le même dispositif de production. C’est ainsi, qu’alors que chacun se pensait unique, ils ont découvert, avec surprise, que leurs gestes paroles et postures étaient les mêmes. Nous avons alors effectué des analyses de séquences et défini les permanences et les cycles dans leurs « gestes de travail » en classe. Ces gestes professionnels récurrents peuvent et doivent s’apprendre.

Enfin, je leur ai demandé de passer à la loupe leurs gestes professionnels pour démontrer que pour « maîtresse d’école maternelle » comme pour « les maîtres et maîtresses de l’école première » la pédagogie de projet n’est pas une option mais une obligation. Sans ses dispositifs, méthodes et rythme, on ne peut donner de sens au travail des élèves.

Pour rendre compte à la fois, de la méthode et de la dynamique coopérative, nous avons choisi que cela se voit. Pour ce faire nous avons usé de techniques d’écriture collaborative assistée par ordinateur et demandé à Emmanuelle de mettre son talent artistique au service des illustrations.

Finalement, la notion de "geste" semble au cœur de vos préoccupations... S'agit-il là d'une analyse de pratiques professionnelles ?

Non. Il s’agit surtout de mettre en évidence une technicité professionnelle appréhendable, partageable, transmissible. Le métier de « maîtresse d’école maternelle » est un vieux métier qui ne repose pas plus que d’autres sur des conceptions métaphysiques, morales, civiques, philosophiques, religieuses ou politiques qui sont et doivent rester du ressort exclusif des choix individuels de chacun. Il a construit en 4 siècles des corpus « d’agir de métier » que chacun peut actualiser dans ses « pratiques professionnelles » en fonction de l’air du temps, des politiques publiques ou des aspérités situationnelles. Il existe des gestes du métier de « maîtresse d’école maternelle » comme existent des gestes de plombier, de médecin, d’avocat ou de maçon. Encore faut-il les décrire, les connaitre et en articuler les différentes formes pour les transmettre dans une forme de compagnonnage.

On apprend dans l’ouvrage que vous avez été « le premier instituteur homme nommé en maternelle ». Qu’est-ce qui a motivé votre choix à ce moment de votre carrière ?

Effectivement en 1978 j’ai bénéficié d’un concours de circonstances qui m’a permis d’être le premier homme nommé en maternelle dans les Bouches du Rhône. J’ai fait ce choix pour concilier le métier de pédagogue et mes recherches scientifiques dans 2 domaines : la linguistique et l’ergologie. Cela a nourri, ma thèse de doctorat sur « l’acquisition du langage dans des groupes restreints d’enfants en situation de travail à l’école maternelle » et mes engagements dans la formation des maîtres.

Entrées pour l'école maternelle, situations et vécus de PE, Hachette Education, 19,90 €

 

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