SAUVE QUI PE ! Pour une observation réfléchie de la langue

SAUVE QUI PE ! Pour une observation réfléchie de la langue

Les apprentissages doivent faire sens pour les apprenants. Je tente de dévier le moins souvent de cet axe tant les notions de grammaire, conjugaison, orthographe et lexique ressemblent à des envahisseurs barbares pour bon nombre de nos élèves.

En contexte
« Imagine-toi l’action pour trouver le verbe ! Oui, sauf dans “Il fait beau”, c’est sûr, ou dans “Elle est grande”, c’est vrai. Il faut aussi parfois s’aider du sens pour trouver le verbe. » Bien que travaillée au quotidien, cette quête incessante des exceptions de notre langue ne garantit pas à nos élèves une maîtrise sans faille. Pourtant, dans certains domaines, nul besoin d’un travail régulier pour ressentir les nuances de celle de Molière. Quand le chef de l’État lance son « Je traverse la rue et je vous en trouve » [du boulot], toute explicitation est inutile. Les enfants perçoivent bien que, selon le contexte, il n’est pas besoin d’insanités pour rendre le propos vulgaire. Oui, Mathis, c’est comme dans « Ferme ta bouche ». Aucun gros mot, c’est clair, et malgré tout, on comprend exactement où tu veux en venir.

En lexique
Difficile aussi de s’y retrouver pour nos bambins implorants : « Mais, maîtresse, “Tu me casses les c…”, c’est pas un gros mot, maman, elle le dit tout le temps. » Le patrimoine génétique n’est pas toujours simple à hériter et notre langue française riche de métaphores n’arrange rien. Donc, inutile d’avancer l’argumentaire anatomique pour contrer ces hérésies. Avant, au plus fort de la crise, on entendait des « Tu me casses les pieds » ou, pire, « Tu me brises les bonbons » qui, bien qu’avec un champ lexical cohérent, paraissaient insuffisants du point de vue de l’enfant puisque ne respectant pas la règle de la phrase qui DOIT AVOIR UN SENS. A-t-on déjà réussi à casser des pieds ou des bonbons lorsqu’on fait une comédie à ses parents ? C’est toujours pareil, avec ces expressions imagées qui évoquent des choses irréalisables. Alors que des c…, le petit Kevin, il peut témoigner. Chez lui, on était à la limite de la casse suite au coup de pied de Mateo. Ça, c’est du concret.

En grammaire
Les familles les plus audacieuses se risquent encore et toujours à tisser des liens entre les apprentissages abordés à l’école et leur quotidien, dans l’intérêt de leurs enfants, bien sûr. Comme dans cette vidéo virale diffusée sur les réseaux sociaux où une mère souffle à ses deux jeunes fils vêtus de gilets jaunes : « Allez, dites-le plus fort, “Brigitte on te n… Macron mange ma b…” ». Nul doute qu’elle était en train de faire réviser à ses enfants leur leçon de conjugaison. Le verbe était bien accordé, la majuscule et le point y étaient, donc, un exemple grammaticalement irréprochable. Évidemment, certains trouveront toujours à redire ! Mais si les familles devaient aussi prêter attention au contenu, elles y passeraient leurs soirées… et les devoirs sont interdits depuis 1956 !

Donc, ne décourageons pas les bonnes volontés. Pour réussir l’entrée en maîtrise de la langue : des règles et du vécu. À nous enseignants la grammaire, la conjugaison et l’orthographe, aux parents la pratique et la mise en abîme imagée. À chacun son métier, ma pauvre Lucette, et les compétences seront bien gardées.

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